Construire une maison passive. Rêve ou réalité ?

image maison passive de QuentinLa première maison passive date de 1991. Elle a été construite en Allemagne. Vingt ans plus tard la promesse de vivre dans une maison sans chauffage est plus que jamais d’actualité. Pourtant le concept de maison passive est long à se développer.

Pourquoi ? Est-ce un projet accessible à tous ? Combien coute la construction d’une maison passive ? Est-ce rentable aujourd’hui de construire une maison passive ?

Vous trouverez toutes les réponses et des ressources utiles dans cette interview.

Mon poêle à pellet.com  va vous présenter un passionné des économies d’énergie.

Vous me direz, il y en existe beaucoup. Avec Quentin s’est différent. En plus d’en connaitre un rayon, il expérimente les économies d’énergie au quotidien. Il vit en France dans une maison passive depuis 2010.

Les montants de facture énergétique ont de quoi faire rêver. Quelques dizaines d’euros par mois pour le chauffage et l’électricité d’une maison de 170 m².

Il partage ses connaissances et son expérience sur son site internet. Good bye kWh est une véritable mine d’or d’informations et de conseils. Vous y trouverez le récit de la construction de sa maison passive, des conseils et des articles de vulgarisation sur l’énergie. Tout cela dans un langage clair et compréhensible par tous.

Bref, on adore. Retrouvez les liens utiles à la fin de l’article.

1. Vous vivez dans une maison passive depuis 2010. Votre projet, les recherches ont démarré en 2004. Mis à part le budget, est-ce qu’un tel projet est accessible à tous ?

Bonjour,

 Aujourd’hui, un projet de maison passive n’est pas accessible à tous.

J’aurais tendance à dire « malheureusement ». Si on excepte le budget (mais nous y reviendrons). maison passive_comparaison_rt2005 site maison passive à NiceLe principal frein à la réalisation d’un projet de maison passive réside dans la recherche d’artisans ou de constructeur qualifiés. D’ailleurs, au-delà même de trouver des personnes qualifiées, l’immense majorité des artisans et constructeurs ne connaissent même pas le concept. Mais ça arrive petit à petit…

Le risque est aussi de tomber sur des constructeurs qui font du « faux passif« , c’est à dire qu’ils axent leur offre sur des systèmes à pompe à chaleur, qui certes consomment peu et entrent dans les critères, mais avec un travail sur l’isolation insuffisant.

Néanmoins, les mentalités évoluent et les compétences progressent.

A mon sens, le passif ne devrait pas seulement être accessible à tous… Il devrait être la normalité ! Espérons.

2. Faut-il être technicien ? Quels conseils donneriez-vous à une personne qui se lance dans un projet de maison passive ?

Pour la réalisation d’un tel projet, je ne pense pas qu’il faille être « technicien ». Il faut avant tout être motivé et convaincu du bien-fondé de la démarche.

Ensuite, la seule motivation entrainera nécessairement une progression dans nos connaissances techniques. En résumé, il ne faut pas être technicien, mais on le devient !

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Un conseil ? Le premier : ne rien lâcher, suivre toutes les étapes.

Avant le projet, je conseillerais aussi de se renseigner sur le concept, les procédés, les exigences. Toutes ces informations sont très faciles à trouver. Il y a des personnes comme moi dans tous les départements.

3. La maison passive coute en moyenne 1750 €/m². Soit en moyenne 40 % de surcout par rapport à une maison traditionnelle. Pourquoi ? Est-ce une fatalité ?

La maison passive coûte très cher.

Les raisons sont multiples :

  • Le concept n’est pas encore à une « échelle industrielle ». Chaque construction est donc en quelque sorte un prototype.
  • La concurrence n’est pas encore forte sur le marché. Aussi, la prime va aux entrepreneurs audacieux qui se lancent. C’est très bien car cela permet de développer l’activité, mais c’est au détriment du prix.
  • Maintenant, de par la conception, une maison passive coûtera toujours plus cher qu’une maison classique. Normal, il faut ajouter la qualité des matériaux (et de leur mise en œuvre) et beaucoup de quantité d’isolant !

maison passive à Bernières 76 site les Airelles.frAvant de se poser la question de savoir si c’est une fatalité, il faut se poser la question de savoir si la maison passive coûte réellement plus cher ?

En effet, une maison ça se construit, mais ça s’utilise aussi ! Et à l’utilisation, force est de constater que la maison passive est économe. La facture énergétique du logement des français avoisine souvent les 2 000 €/an essentiellement à cause du chauffage. La mienne tourne autour de 700 €… Bref, malgré le surinvestissement, chaque année, je regagne du terrain sur le plan économique !

Évidemment, 100 000 € de surinvestissement dans mon cas, vous allez me dire qu’il faut 76 ans pour rembourser la différence. Mais… Ce n’est pas vrai, car les prix de l’énergie augmentent à toute allure. Avec une hausse annuelle de 5% des prix de l’énergie, le retour sur investissement descend à 30 ans. Il faut aussi penser que, d’ici quelques années, les maisons actuelles ne seront plus aux normes et nécessiteront des travaux ce qui indiscutablement fera descendre leur valeur (ou monter celle des maisons passives).

Un retour sur investissement actuel de 30 ans, est écologiquement intéressant car, c’est inférieur à la durée de vie du bâtiment. En effet, actuellement nous ne détruisons pas le bâti des années 80, ce serait un non-sens !

Dernier point, avec la démocratisation du concept de maison passive, les coûts diminueront.

Pour faire court, je dirai que même aujourd’hui, vous avez intérêt à faire construire une maison passive :

  • 40% de surinvestissement
  • 70% d’économie sur la facture énergétique.
  • Meilleure valorisation à la vente dans peu de temps.

 4. La recherche d’entreprises qualifiées en construction de maison passive est difficile. Le nombre de professionnels qualifiés semble limité. Est-ce en train de changer ? Comment trouver le bon professionnel selon vous ?

Les dernières évolutions des normes ont largement fait changer les choses. Mais ce n’est pas demain que vous trouverez un artisan qualifié au coin de la rue. Je conseille deux approches pour se renseigner :

  • L’association la maison passive France
  • Les bureaux d’études thermiques qui, eux, sont souvent informés des bons artisans.

 5. En France, la consommation de bois augmente pour la construction et pour le chauffage. On semble redécouvrir les choses naturelles et simples disponibles chez nous. Effet de mode ou tendance de fond ? Qu’en pensez-vous ?

Je pense que le retour au bois est une tendance de fond. D’ailleurs, le bois n’a jamais complètement disparu, il ne faut pas oublier que la première énergie renouvelable en France est le bois, devant l’hydroélectricité et les éoliennes !

Pourquoi est-ce que le bois énergie revient en force ?

  • Son coût ne va pas augmenter de manière similaire au reste des énergies.
  • Il est particulièrement adapté au chauffage des bâtiments.
  • Si la forêt est bien gérée, le bois est renouvelable. Cela à deux conséquences : d’abord économique, nous savons que le bois sera toujours là dans 50 ans et à des prix raisonnable, il est donc intéressant d’investir. Ensuite, le CO2 dégagé par la combustion est compensé par le CO2 consommé lors de la croissance des arbres par photosynthèse.
  • Si les bonnes filières sont mises en place, le bois provient de chez nous (pas d’Arabie saoudite ou de Russie)

Ces différents avantages font que je vois un retour durable au bois de chauffage.

Pourquoi est-ce que le bois revient en force dans la construction ?

  • Lorsqu’on veut faire un bâtiment performant thermiquement, il est nécessaire de mettre de fortes épaisseurs d’isolants. Les bâtiments à ossature bois, de par leur structure « poteau-poutre », permet d’incorporer l’isolant dans la structure porteuse. Contrairement au béton ou l’isolant doit être mis en plus du mur. Ainsi, les constructions à ossature bois performantes sont moins onéreuses et moins encombrantes qu’avec d’autres procédés.
  • A cela, on ajoute le CO2. Une maison à ossature bois est un piège à carbone. C’est à dire que le bilan carbone est négatif. Comme c’est possible ? les arbres ont besoin de CO2 pour pousser, ils le prennent dans l’atmosphère. Si le bois sert à être brûlé, la combustion restitue ce CO2. Mais s’il sert à la construction, le CO2 reste piégé dans la structure bois.
  • A l’autre extrémité, le béton est un formidable contributeur de CO2, non seulement à cause de l’énergie nécessaire pour le fabriquer, mais aussi car la réaction chimique de fabrication elle-même dégage du CO2.

Il faut ensuite ajouter les avantages cités pour le chauffage.

Le renouveau du bois, pour l’énergie, comme pour la construction, est à mon avis une tendance de fond.

Puisqu’on parle de la redécouverte des choses simples et naturelles disponibles chez nous, j’ajoute d’autres tendances qui devraient, elles aussi faire leur chemin :

  • Le solaire passif, c’est à dire, bien orienter sa maison avec des ouvertures au sud pour chauffer naturellement la maison au soleil.
  • Le puits canadien qui permet de renouveler l’air de la maison en utilisant la chaleur de la terre.
  • l’utilisation des eaux de pluie

Ces trois éléments, en plus du bois sont présents dans ma maison et sont aussi une source de satisfaction.

image maison passive de Quentin

6. Le bois de chauffage a la cote. Les poêles à bois mais surtout à granulés suscitent un vif intérêt. Que pensez-vous des poêles à granulés. Véritable solution de confort et d’économies d’énergie ou réussite marketing ?

Vaste question… Tout dépend de comment c’est fait. Je m’explique :

Le confort ne vient pas de la source d’énergie utilisée, mais de comment elle est utilisée. Quel que soit l’énergie utilisée, une maison mal isolée et humide restera inconfortable. Le confort vient de l’homogénéité des températures dans les pièces mais surtout de la température des parois. Aussi, une paroi bien isolée sera confortable, de même que l’utilisation de surface chauffante vaste et basse température. Autrement dit, un mur chauffant avec un fluide à 30°C dedans sera beaucoup plus confortable qu’un radiateur a 70°C pour une même température moyenne de la pièce.

Le bois de chauffage se substitue aux chaudières à fioul et à gaz. Avant le confort, son avantage est donc écologique et économique (et psychologique si on ajoute le bien être de voir le feu dans une cheminée). En resserrant l’analyse sur les granulés, on perd certes l’avantage d’un bon feu de cheminée, mais on gagne sur deux tableaux :

le rendement, mais aussi l’utilisation de la ressource. Les granulés peuvent être faits à partir de sciure, de brindilles, etcLe bois de cheminée, lui, utilise des buches et fait concurrence au bois de construction.

Donc, les granulés, oui à 100% s’ils sont français et s’ils viennent de produits qui ne servent pas à la construction. Non, s’ils viennent de Virginie et de tronc d’arbres centenaires.

Merci Quentin d’avoir participé cette interview.

Merci de m’avoir accordé cette interview.

Le site de Quentin : Good bye kWh ; L’association La Maison passive France ;

Le constructeur de maison passive Les Airelles ; Une maison passive à Nice

crédit photo : Quentin, Les airelles, Une maison passive à Nice

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4 réflexions au sujet de « Construire une maison passive. Rêve ou réalité ? »

  1. Ebat 06

    Dans le Sud de la France il est possible de faire construire des maisons « presque passives ». En effet si l’isolation est bonne et que le constructeur suit les normes RT 2012 et BBC on se retrouve avec des économies d’énergie énorme. Bon à savoir pour ceux qui n’ont pas les moyens financiers d’accéder à une maison passive.

    Répondre
    1. admin Auteur de l’article

      Merci pour le commentaire.

      Avec un blog, un site internet on a vraiment le sentiment d’être utile. On pense aux générations futures et on essai de faire changer les choses.

      J’espère vraiment que le concept de maison passive va se développer.

      Cordialement
      Roger

      Répondre